UPEC lundi 8 janvier 2018

Universite paris est creteil val de marne

Baisse des limitations de vitesse a 80 km h une mesure de bon sens politique

Le 11 decembre dernier le Premier Ministre douard Philippe annoncait dans un tweet qu il etait personnellement favorable a l abaissement de la vitesse de 90 a 80 km h sur les routes bidirectionnelles sans separateur central Depuis cette annonce surprise les editorialistes et les observateurs de l action publique de securite routiere lorsqu ils sont favorables a la mesure mobilisent la these du courage politique pour expliquer son geste Il y en a a defendre une mesure refusee par son predecesseur pendant plusieurs annees et fortement contestee par une partie des acteurs de la securite routiere Pour autant l explication semble un peu paresseuse Elle ne fait que reprendre le leitmotiv des acteurs associatifs ceux qui sont favorables a la mesure la encore et n ont cesse de denoncer le manque de courage de Bernard Cazeneuve lorsqu il etait ministre de l Interieur et en charge du dossier C est surtout une explication faible et qui a pour defaut de ne pas rendre compte du travail politique engage Pour cette mesure attendue mi janvier le gouvernement peut s appuyer sur le travail et la mobilisation des experts de la securite routiere Mais loin d etre la conclusion d une demarche experte elle fait pleinement partie d un travail de mobilisation politique Au geste politique on preferera donc une explication par le travail engage d autant plus que le risque pris par le premier ministre apparait finalement assez faible Une politique basee sur des donnees probantes La politique de securite routiere bien qu elle fasse l objet de controverses beneficie aujourd hui des travaux a la fois solides et anciens d une expertise et d une recherche en securite routiere developpee et internationale Les effets dans ce domaine d une telle mesure sont faciles a defendre La moitie des accidents mortels ont lieu sur ces routes et au dela des chiffres les theories mathematiques de Nilsson et Elvik liant vitesse moyenne et accidents dotent la mesure de fondements scientifiques Son application pourrait ainsi epargner jusqu a 400 vies chaque annee A cela s ajoute l adoption du 80 km h pour ce type de voirie dans d autres pays y compris ceux qui servent traditionnellement de modele a l action publique de securite routiere en France les Pays Bas la Suisse la Norvege Enfin depuis plusieurs annees des experts francais se sont mobilises pour defendre la mesure allant jusqu a la demission de deux d entre eux du Conseil national de la Securite routiere en 2015 pour denoncer le refus de Bernard Cazeneuve de les entendre sur ce sujet Le premier ministre douard Philippe beneficie egalement de la demarche prudente engagee par le gouvernement precedent Des experimentations ont ete menees entre 2015 et 2017 Les resultats n ont certes pas ete rendus publics mais la demarche a bel et bien ete engagee Et puis a court terme il n y a guere d autres alternatives pour obtenir de tels resultats Si on ne souhaite pas parler de pilotage technocratique de l action publique on peut au moins evoquer le souci de fonder l action publique sur des donnees probantes et objectives qui echapperaient ainsi aux pressions de court terme comme aux presupposes ideologiques Bref toutes ces donnees rendent la decision du premier ministre legitime et fondee rationnellement Elle a peu a voir en definitive avec un geste politique iconoclaste D autant plus qu en mobilisant les resultats des travaux scientifiques le chef du gouvernement s assure le soutien des associations de victimes et notamment de la tres mediatique Ligue contre la violence routiere Un acte politique fort Le geste politique temoigne ainsi d un calcul politique raisonnable et mesure L annonce s inscrit dans un travail politique qu il convient de ne pas perdre de vue si on souhaite la comprendre La proposition portee par le premier ministre anticipe un Comite interministeriel de securite routiere CISR prevu mi janvier et dont elle serait la mesure phare Ce geste exprime le besoin de reprendre en main cette politique au niveau central et de relancer une politique au point mort depuis plusieurs annees Cela semble d autant plus necessaire que depuis 2002 les Francais attribuent l echec comme la reussite de cette politique au gouvernement Il s agit aussi de reaffirmer le caractere interministeriel de la politique de securite routiere et que celle ci se pilote a Matignon Si le premier ministre se place lui meme en premiere ligne laissant le ministre de l Interieur Gerard Collomb et le Delegue interministeriel en retrait il le fait suite a l engagement politique du President Macron devant les prefets de doter la France d un nouveau plan pour la securite routiere Cela est fait a travers une mesure forte immediatement visible et mobilisatrice et dans le respect du cadre institutionnel La reprise en main politique au plus haut niveau de l tat s inscrit egalement dans un contexte bien particulier Le precedent quinquennat s est acheve sur trois annees consecutives d augmentation du nombre des tues sur les routes A cette tendance de moyen terme en rupture avec la dynamique de baisse entamee en 2002 s ajoutent les mauvais chiffres du mois de novembre et au moment de l annonce l approche des fetes de fin d annee De plus 400 vies sauvees permettraient de descendre au dessous des 3000 tues sur les routes en France Ce chiffre est loin des 2000 tues envisages par Manuel Valls pour 2020 Il n en demeure pas moins symboliquement fort douard Philippe peut aussi s engager personnellement du fait du contre exemple offert par la gestion calamiteuse du dossier securite routiere par ses predecesseurs La degradation des chiffres de la securite routiere n en est pas le seul temoignage Bernard Cazeneuve le successeur de Manuel Valls place Beauvau puis a Matignon s est aussi vu reproche sa passivite et son manque de courage sur ce dossier De plus l action de Manuel Valls et Bernard Cazezneuve s est traduite par une accumulation de plusieurs dizaines de mesures illisibles et ou non appliquees Pour douard Philippe sont donc reunis des elements conjoncturels particulierement propices et qui rappellent ceux trouves par Jacques Chirac en 2002 lorsqu il a fait de la securite routiere un des grands chantiers de son quinquennat L engagement fort et chiffre du gouvernement Jospin via le ministre des Transports de l epoque s etait solde par une absence de resultats significatifs La surprise ne vient donc pas tant de l annonce faite que du timing choisi Pourquoi cette annonce un mois avant la reunion prevue du CISR Un risque politique relativement faible On peut imaginer un premier ministre tres tres motive pour reprendre les termes du journaliste Dominique Seux alors que Bernard Cazeneuve l etait sans doute moins du fait de la supposee absence d acceptabilite sociale de la mesure Or l acceptabilite sociale n est rien d autre qu une mesure de l opinion publique a un moment donne via cet outil particulierement frustre qu est le sondage d opinion Dit autrement la majorite silencieuse n en veut pas pour paraphraser la depute Barbara Bessot Gallot En fait il n existe pas de preuve qu elle n en veut pas Les sondages d opinion qui attesteraient de l opposition des Francais a la mesure n ont pas ete publies Si on imagine bien que le gouvernement a un idee plus precise de l etat de l opinion publique le choix du premier ministre suggere que les rapports de force sont bien plus equilibres que ne le pretendent les acteurs de la societe civile qui s opposent a la mesure Mais l essentiel est ailleurs L annonce du premier ministre fait suite a des rumeurs et des fuites voulues ou pas dans la presse debut decembre Une reaction gouvernementale n est alors pas surprenante Mais en se prononcant a titre personnel plusieurs semaines avant le CISR le premier ministre paie pour voir en quelque sorte Il laisse aux acteurs interesses le temps de se mobiliser L annonce donne au gouvernement la possibilite de jauger non pas tant les rapports de force que les capacites de mobilisations des acteurs Le suivi des actions engagees en decembre par les principaux opposants FFMC 40 millions d automobilistes et Ligue de defense des conducteurs et les principaux soutiens de la mesure c est a dire la LCVR suggerent que le message est clairement passe D un cote on mobilise des parlementaires et on lance des petitions contre la baisse de la limitation de vitesse de l autre on publie des articles et on relaie les editoriaux de la presse generalistes Cela permet aussi aux argumentaires de se structurer tout comme au cadre de la reforme de se dessiner Les parties prenantes invoquent la France rurale contre la France des metropoles urbaines Elles denoncent le jackpot contre l opportunite de faire des economies et de favoriser l ecologie elles s interessent aux seules routes bidirectionnelles sans separateur ou envisagent une reduction de vitesse touchant toutes les limitations pourquoi pas 120 km h sur autoroutes Le debat est ainsi lance et largement relaye par la presse Fabrice Hamelin Enseignant Chercheur en science politique Universite Paris Est Creteil Val de Marne UPEC Lire la suite de cet article a ete publiee sur The Conversation ...


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